XVII-XVIII siècles

L’Habitation

L’habitation est un complexe architectural né du système esclavagiste, c’est un lieu où maîtres et esclaves cohabitaient, les premiers  vivant dans des maisons de maîtres de plus en plus luxueuses et les seconds dans des cases (habitations sommaires faites de bois et feuillages avant d’être construites avec une partie en dur ou en tout dur, alignées de part et d’autre d’une ligne imaginaire : »la rue case-nègres »).

Le terme "habitation" vient du fait que les villages se sont formés autour du lieu de vie du premier "habitant". La maison du maître étant l'élément majeur de l'habitation. Dès que quelques habitations étaient établies, apparaissait un "quartier", et ensuite une chapelle (très croyants les colons unissaient leur revenus pour créer cette petite église; c'était aussi un lieu de rencontre).

C’est également un lieu de travail : de production et de transformation (notamment dans le cas de l’habitation-sucrerie) et des champs pour la culture ; plusieurs bâtiments servaient d’unité de travail. L’habitation est aussi un lieu pourvu d’un parc animalier (pour la nourrir des maîtres mais surtout pour les moulins ou la force de l’animal sert à produire de l’énergie) ; un hôpital ou une infirmerie permet  de soigner ou traiter les malades, certaines sont également dotées d’une prison ou cachot et même d’un cimetière.

L’eau courante n’existant pas encore, l’eau de pluie était  recueillie et conservée dans des jarres, les dobann’ (jarres venant de la ville d’Aubagne) et entreposée dans un lieu destiné à sa protection : la case à eau.

Il y avait aussi des magasins.

Les champs qui constituent l’habitation varient en fonction de l’activité de celle-ci, ainsi :

-quand il s’agissait de fabriquer d’une sucre, on était dans le cadre d’une habitation-sucrerie, les champs étaient cultivés pour faire pousser la canne à sucre, l’habitation –sucrerie fut le modèle le plus développé car l’activité sucrière était la plus rentable, c’est aussi la plus grande.

-le café a également été cultivé à la  Martinique sur des caféières,

-quand il s’agit d’une cacaoyère, les champs recueillaient des plans de cacaoyers.

-quand il s’agit d’une indigoterie, les champs étaient couverts d’indigo.

La maison de maitres

Il en existait deux types : l’une à l’image de l’architecture métropolitaine et une seconde au style plus tropical : l’habitation créole.

Elle se caractérisait par un matériau : le bois.

La toiture était composée de tuiles, fabriquées en Métropole ou en Martinique, sur le site de la Poterie : « les tuiles-pays ». Les murs étaient recouverts d’essentes.

 Un lieu central : la galerie qui permettait aux alizés (vent de la zone caraïbe, circulant d’est en ouest) de circuler et donne une atmosphère fraîche aux pièces. Cette fraîcheur était par ailleurs entretenue par l’emploi de carrelage au sol.

Des fenêtres avec des ouvertures : les persiennes ou jalousies.

Les meubles étaient en bois précieux : acajou, courbaril : un buffet, une table à rallonge, des meubles de desserte, la berceuse. Les lits étaient des lits à colonnes.

Il y avait un salon, une salle de réception, les chambres et les communs. La cuisine était située à l’extérieur, pour éviter les départs de feu, comme au temps des Caraïbes.

La seule habitation ouverte toute l’année et pouvant être visitée est l’Habitation Clément au François.

La case

« Il faut pleurer toute case qui disparaît, car ce n'est pas un abri qui disparaît. C'est un souvenir. C'est une histoire. C'est une manière de prendre la vie et d'organiser ce que l'on sait du monde. » Patrick CHAMOISEAU

La case était le premier habitat amélioré des colons, elle fut dans un premier temps constituée d’une unique pièce, voire deux.

Elle accueillit les esclaves durant l’esclavage et les années qui suivirent l’abolition de l’esclavage.

C’était l’habitat  des gens modestes, même si sa valeur est aujourd’hui reconnue.

Quand les hommes et les femmes avaient des moyens plus importants, ils construisaient des maisons sur plusieurs étages.

Dans un premier temps, les maisons étaient essentiellement en bois (bambou, bois ti-baume, campêche), les finitions étaient effectuées à partir de terre battue, les toits étaient constitués  de feuillages : feuilles de canne ou de vétiver.

Construite à la base simplement avec 2 pièces, elle fut agrémentée par la suite :

-de balcons

-de terrasses.

Elle évolua, son architecture devint mixte : pierre et bois.

Ses façades étaient alors  formées avec des essentes, plaques protégeant de l'humidité et des tuiles-pays. 

 

Premières cultures développées au début de la colonisation

En arrivant sur l’île, les colons commencèrent par cultiver :

-le manioc, pour leur alimentation quotidienne, comme  les Amérindiens, ils consommaient de la cassave, on appelle les lieux de transformation du manioc  « gragerie » ou « case à manioc », parfois « manioquerie ».  La perte de vitesse de l'utilisation des cassaves (galettes de manioc) et sa quasi-disparition des menus du quotidien des martiniquais est à relier à l'arrivée et la propagation du pain. Il en existe 300 variétés divisées en 2 types : le manioc amer (il contient  plus de 100 mg de manihotoxine par kilogramme de tubercule frais) et le manioc doux (il contient entre 20 et 50 mg de toxine par kilogramme de tubercule frais).

Avec une dose comprise entre 20 et 50 mg par jour, les risques sont réels pour l'homme : cela peut entraîner des risques  de goitre ou de pathologies nerveuses.

-le tabac (herbe à Nicot, pétun), à cette époque le tabac était considéré comme une activité bénéfique pour la santé, et de nombreux colons lancèrent dans cette activité, son déclin découle de la décision de Colbert d’imposer un impôt sur ce produit dès lors qu’il était vendu en France, cela a entraîné une diminution importante des concessions de tabac,

-le cacao, c'est en 1660 qu'est introduit le cacao à la Martinique par Benjamin d'ACCOSTA à Saint-Pierre.

Les plantations de cacao sont appelées cacaoyères.  En Martinique, elles se développèrent surtout dans le nord de l'île : Carbet, Lorrain, Macouba et le Morne-Rouge (Habitation des Religieux de la Charité), au sud à Rivière-Salée et au Diamant. Pierre DUBUC fut le précurseur de sa culture.

 A l'intérieur de la cabosse, se trouvent entourés d'une gaine, des fèves.

Ces fèves sont les graines de cacao; pilées au mortier, elles sont ensuite roulées afin de former des bâtons de « kako ».

NB. A l'état naturel, le chocolat est un produit amer. 

Dans les années 1950, un ingénieur guadeloupéen ouvre une entreprise de chocolaterie : les chocolats Elot.

Il existe de nos jours une chocolaterie au Lamentin : celle des frères LAUZEA. Ils réinventent la culture du chocolat pour le plus grand plaisir des gourmands.

 

-le coton, plante indigène qu'utilisait déjà les amérindiens : ils s'en servaient afin de fabriquer leurs hamacs, le coton devint rapidement un produit de commerce pour les colons mais son commerce s'arrêta vers les années 1880. Il fut cultivé à Rivière-Salée et à Trinité. Plante facile à faire pousser, qui aime les sols légers et les climats secs, le pied de cotonnier était planté à la saison des pluies (juillet) pour une récolte durant le Carême (févier, mars).  Le coton, en tant que produit de négoce, perdit ses galons du fait qu'il prenait beaucoup de place pour un faible poids et était considéré comme "dangereux" sur les bateaux car très  négatif inflammable, il constituait donc une  menace pour les navires en bois.

-l’indigo, pour teinter le coton mais aussi le blanchir, il était coutume d'utiliser de l'indigo (plante tinctoriale), il y eut donc quelques indigoteries à la Martinique, mais elles ne fonctionnèrent pas longtemps, du fait, que le travail de l'indigo était fort pénible (les esclaves travaillaient penchés à longueur de temps devant les cuves de fermentation du produit) et qui dégageait des odeurs peu agréables. De plus, son arbre était très fragile et sensible aux fortes chaleurs comme aux intempéries et très souvent attaqué par des vers ou des chenilles.

-le café, introduit par De Clieu, deux variétés ont été introduites : l’arabica, le robusta.  Après de nombreuses tentatives infructueuses (échec de Michel ISAMBERT), la culture du café se développa dans les années 1720 grâce aux plants importés par le Chevalier de CLIEUX.  Sa production fut interdite en 1729, mais elle continua en Martinique et le café devint un produit de contrebande. Sa production fut  florissante jusqu'en 1789 jusqu'à ce que la maladie du  pourridier et l'invasion anglaise (réprimée par Napoléon Bonaparte par le Décret de Berlin) viennent mettre un terme au travail sur les caféières. Le café est une plante rubiacée dont on consomme les graines moulues (mouture) pour en faire la boisson mondialement connue. L'espèce importée par de CLIEUX est l'Arabica, mais on produira par la suite plusieurs variétés de graines de café : le moka, le gros moka, le café d'Abyssinie, le coffea Liserica (à Ajoupa-Bouillon), du robusta et du coffea canephora. Les fruits du caféier sont appelés « cerises ». Avant  d'être mis à sécher, les grains de café sont éparchés (on leur enlève leur enveloppe rouge appelée « parche » ou « parchemin ». 

Il a été  surtout cultivé à Case-Pilote, au Lorrain, à Macouba, au Morne-Rouge, à Trinité, le Vauclin, le Diamant, le François et Rivière-Salée.

 Aujourd'hui, il existe une seule compagnie de café à la Martinique : la société La Tivolienne créée par Edouard LEVERT.

Sur une habitation-caféière, on appelle « boniferie », l'ensemble des machines servant à produire du café.

Alors que de nos jours, le mot « boucan » (aux Antilles) désigne un feu de bois servant à brûler les déchets organiques verts et éloigner les moustiques, ce terme a désigné un temps, le bâtiment de bois où s'effectuait le séchage des grains de café après le décerisage, il désigne aussi le feu de bois.

En 1729, Maurepas interdit la culture du café, s'ensuit un système de contrebande et le café de la Martinique est vendu aux anglais et aux hollandais.

-le cacao, appelé « Boisson des Dieux », était déjà cultivé par les Amérindiens.

Les relations des colons avec la Métropole ne se déroula pas toujours sans heurts, en raison du Pacte Colonial et du système de l’Exclusif qui déterminaient quels produits devaient être produits et ceux non autorisés (par exemple, le vin pour ne pas concurrencer le vin français…) et limitaient les échanges commerciaux à la Métropole, le commerce avec «  l’étranger »(autre que la Métropole française) était appelé « interlope ».

 

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Commentaires (3)

1. nathalie michaud 28/02/2009

rien à dire,tout y est;
le nom de chateau DUBUC vient-il de cette famille qui a planté les cacaoyers?

2. Rosalia 07/06/2009

Ta question n'est pas très claire Nathalie, le cacao n'a pas été emmené sur l'île par un Dubuc mais les premiers habitants de l'île :les Amérindiens.
Les Dubuc étaient une grande famille de colons établie sur la commune de Trinité. Famille riche et puissante, ils règnèrent sur cet ancien territoire caraïbe jusqu'au début de la crise sucrière (XVIIIe siècle).

3. nathalie m. 12/07/2009

c'est ca , ,j'ai ma réponse,merci.

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